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Formations
pédagogiques
Compte rendu
de mission

Compte rendu
de Richard PATILLAUD sur les formations pédagogiques qu'il a donné
aux employées de la Maison de l'Enfance.
Formations :
Ces
formations courtes ont pu se mettre en place les mercredi 9, jeudi
10 et vendredi 11 août 2006 tous les matins.
Etaient présentes : Antoinette, Nicolle, Marie Ange.
Comme
introduction il était important de savoir quels étaient les besoins
des intervenantes de la maison de l’enfance en termes de pédagogie.
Les
désirs ont du mal à être formulés. Je dois faire attention aussi a
être bien compris, certains mots un peu techniques ne seront pas
forcément clairs. Le terme « outils » par exemple n’est pas évident.
Je me dois de le définir.
J’essaye en même temps de récupérer de l’information sur les pratiques
des intervenantes pour ajuster mon intervention. Aujourd’hui je sais
beaucoup plus de choses sur la vie quotidienne de la Maison de
l'Enfance.
Pour
amorcer le débat, la réflexion, je commence par parler de philosophie
avec le thème « quelles valeurs défendre ? » et de politique de
l’éducation. La question première est : 
« Quels enfants, quels citoyens souhaitez-vous avoir
et dans quelle société voulez-vous qu’ils vivent ? »
Quand
on parle de la nation malgache, du pays, la question n’évoque pas
grand chose. Cette question semble ne pas avoir de sens. Cela ne
représente rien pour les formatrices. L’échelle de réflexion n’est
pas le pays ni même la région mais le local : Farafangana et ses
alentours. Penser de la sorte peut avoir de nombreuses conséquences
négatives mais ce n’est pas l’objet de cette formation.
Pour
résonner au niveau de la commune de Farafangana, il faudra quand même
arriver à dire quels enfants l’on souhaite, quelle société on espère.
Ce type de réflexion nous amène à parler de la place de l’éducation et
des liens avec le politique, de la place de la corruption, du pouvoir
de l’église dans cette société.
Les
réponses qui arrivent proviennent surtout d’Antoinette, Marie Ange
ayant du mal avec le français parlé (elle se débrouille bien à
l’écrit) se fait traduire par Antoinette. Moi je ne parle pas le
Malgache. Nicolle arrive bien à comprendre.
Il en
ressort une vision très pessimiste des choses. Peu ou pas de
projection dans l’avenir… Les résultats escomptés de leur action sont
des micro- changements perceptibles à une micro-échelle locale :
passer d’une activités de vente de fruits de base dans l’économie
malgache (la banane) à la vente de produits un peu plus élaborés ou la
création d’une petite épicerie.
Antoinette parle d’ailleurs de son expérience personnelle dans ce
domaine de création d’entreprise. Le poids de la tradition amène à
faire comme les autres ou comme ses parents, alors que dans le
commerce la concurrence est la règle et que si il y a trop de
concurrence il n’y a pu de profit.
A
partir de situations concrètes d’enfants en difficulté, nous avons
réfléchi à de nombreuses hypothèses autres que celle de la culpabilité
de l’enfant. Quelle méthode dois-je utiliser quand un enfant ne sait
pas faire ? Je dois inventer, me remettre en question, me dire que je
n’ai pas encore trouvé la bonne manière, plutôt que de me défausser de
ma responsabilité sur le compte de cet enfant que je vais classer
comme un sujet idiot, turbulent, incapable… C’est bien l’éducateur qui
aide à la construction de l’enfant, ce n’est pas l’enfant qui doit
savoir, assimiler du premier coup et mettre en pratique ce qu’on lui
dit !
Vendredi matin.
La
matinée a été très perturbée par diverses personnes. Il a été
difficile de maintenir un fil cohérent dans la pensée.
Nous
sommes revenus sur les grands thèmes des jours précédents à savoir :
L’importance de la formation des permanentes Mamabé pour maintenir un
bon niveau professionnel, pour prendre du recul sur son travail, pour
garder l’énergie de se battre contre toutes les difficultés
rencontrées dans ce métier.
La
nécessité de construire un programme de formation continue pour les
formatrices, animatrice de Mamabé qui ressentent une grande solitude,
dans leur contexte. Elles ne peuvent en effet, pas bénéficier des
formations de la Cisco.
Un
certain nombre de domaines de formation ont été ciblé :
-
santé, physiologie, éducation sexuelle, méthode Billings,
-
pédagogie des apprentissages,
-
comment travailler avec des enfants en difficulté ?
Mettre
en place un petit système de formation en suivant quelques étapes :
-
se dégager quelques jours par mois (par exemple deux jours par mois)
qui seront consacrés à la formation continue des animatrices,
-
trouver sur Farafangana des intervenants possibles, des gens
sérieux, croyant en l’avenir, conscients des enjeux. Hôpital,
planning familial, ONG …,
-
obtenir des tarifs d’intervention pour des cycles de formation,
-
faire une proposition à Mamabé France.
Si
aucune solution n’est trouvée sur Farafangana, Mamabé France essaiera
de trouver des intervenants de France. Avec le désavantage que ces
personnes, aussi respectueuses qu’elles soient de la culture malgache,
ne connaîtront pas le contexte local.
Nous
sommes revenus sur la question de la violence exercée à l’égard des
enfants et nous avons vu que instaurer la violence comme moyen normal
de fonctionnement avait des conséquences graves à plusieurs niveaux :
-
l’enfant est en construction, il ne se construit pas tout seul,
c’est nous qui lui apprenons ce qu’il sait, comment il doit agir. Si
l’enfant ne sait pas faire, ce n’est pas nécessairement de sa faute,
c’est peut être parce que nous ne lui avons pas appris ou pas bien
appris,
-
l’enfant sera fait de ce que nous lui donnerons, le tenir
responsable de ce qu’il n’est pas ou de ce qu’il ne sait pas est
tout simplement une erreur, une injustice, comme d’accuser un
innocent d’un crime qu’il n’aurait pas commis,
-
la violence est contre productive. Toutes les études psychologiques,
pédagogiques montrent qu’elle est inefficace, elle peut
ponctuellement résoudre des situations, mais quand la menace est
trop forte, quand la violence est trop présente, quand la crainte
s’installe, nous créons un sentiment de soumission et nous obligeons
les gens à faire les choses en douce, à dire oui devant et non
derrière,
-
utiliser la violence comme quelque chose de banal, de naturel, c’est
transmettre cette violence dans tous les actes de la vie
quotidienne, c’est laisser croire aux enfants qu’elle est normale,
qu’elle fait partie des rapports normaux entre les personnes.
Comment alors, éviter la violence entre adultes, surtout des hommes
sur les femmes et celles exercées à la maison sur les enfants par
des parents ivres… Proscrire la violence le plus possible.
La
violence est souvent la réponse de celui qui ne veut pas réfléchir,
elle est un constat d’impuissance car elle signifie que l’on a pas été
capable de trouver une autre solution. Elle est la solution de
facilité.
Eduquer un enfant n’est pas facile !
L’expérience de Milgram sur la soumission à l’autorité et ce qu’elle
entraîne : une perte de ses propres valeurs. 
Quels symboles, quelles valeurs transmettons-nous à travers nos
actions,
conscientes ou inconscientes ?
Nous
avons également parlé de l’influence de nos propres idées sur
l’éducation que nous donnons aux enfants…
Il n’y
a pas d’éducation « neutre ». On transmet qu’on le veuille où non ce
que l’on croit, ce que l’on est consciemment ou inconsciemment. On est
soi-même porteur de valeurs bonnes ou mauvaises, d’espoirs ou de
désespoirs, de confiance en la capacité de l’enfant à progresser, à se
développer.
Les
expériences qui mettent en avant l’importance du regard que l’on porte
sur l’autre, la confiance que l’on projette sur lui ou le doute…
Cette expérience qui a consisté à confier en début d’année scolaire,
des enfants à des instituteurs en fonction de certains critères :
Un
groupe de bons élèves a été confié à un instituteur en lui faisant
croire que ces élèves étaient « mauvais »
Un
groupe d’élèves de tous genres à un instituteur en ne lui disant rien
de particulier
Un
groupe d’élèves considérés comme « mauvais » en faisant croire à
l’instituteur qu’ils étaient très bons.
Les
élèves de ce dernier groupe ont grandement progressé, les élèves du
premier groupe ont plutôt régressé ceux du groupe normal habituel ont
eu des scores normaux et habituels.
Nous
avons parlé de la confusion qui pouvait exister entre violence et
discipline et cadre entre violence « légitime » et violence gratuite.

La
violence n’a rien à voir avec la discipline. Autant la violence est à
bannir, autant la discipline est fondamentale. Travailler dans la
discipline peut se faire sans aucune violence. La discipline c’est
savoir ce qu’il faut faire quand on vit en commun, pour assurer
correctement les problèmes de la vie quotidienne. C’est créer un
climat de travail qui permette à tous et même à ceux qui sont en
difficulté, de progresser. Un enfant, un adulte, peut, à lui seul
déstabiliser tout un groupe.
Faire
respecter le cadre est du devoir de l’éducateur.
Le
fait que Mamabé Farafangana soit dirigé que par des femmes prend du
sens à l’égard de l’extérieur et également pour les enfants qui voient
que les choses peuvent très bien marcher en se passant des hommes,
même si ce modèle est en rupture totale avec le modèle malgache.
La
justification du fait que les femmes préfèrent un homme mauvais,
ivrogne, violent plutôt que d’être seules aurait une base
démographique qui à mes yeux est complètement fausse et qui, pourtant
est celle avancée par les formatrices, à savoir qu’à Madagascar la
répartition homme/femme à la naissance serait au net désavantage des
hommes. Un homme pour plusieurs femmes ou comment expliquer que ces
dernières s’accrochent malgré tout !
Quelques chiffres statistiques sur les naissances à Madagascar
pourraient être déterminants si on se situe dans une affaire de
raison. Je crains que l’on soit ici dans une auto justification de ses
propres faiblesses, donc dans le registre affectif.
Si
nous avons de l’espoir, les enfants en auront aussi !
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